Voyage en Antarctique

« Nous ne nous doutions pas qu’en franchissant le 60° parallèle sud nous entrerions dans une zone au cœur de la géopolitique internationale. Nous imaginions nous retrouver seuls face à l’immensité polaire, avec les manchots, les baleines, les phoques, mais nous sommes devenus témoins du statut diplomatique controversé de l’Antarctique. Tout au long du voyage, nous avons compris à quel point ce territoire est le théâtre d’enjeux économiques et politiques internationaux. Heureusement l’extrême puissance de ce désert blanc permet de réfréner des ardeurs trop invasives »

Florès Polar Team

De ce voyage riche en expériences à tous points de vues, nous avons tiré un film documentaire « On a marché sur la banquise » qui a été diffusé dans de nombreux festivals d’aventure. Ça a été un déclencheur, qui m’a permis de mesurer à quel point l’aventure est un formidable outil pour créer du lien avec le public et ouvrir des échanges vers des thématiques plus globales.

Préparatifs

La situation géopolitique de l’Antarctique est très particulière. « Réserve naturelle dédiée à la science et à la paix » cadrée par le « traité de l’Antarctique » (➡︎ wiki), l’Antarctique elle est réputée n’appartenir à personne. Mais les ressortissants d’un pays qui souhaitent s’y rendre sont soumis à la réglementation de leur pays.

Ainsi nous avons dû présenter 6 mois à l’avance un dossier auprès des TAAFs – Terres Australes et Antarctiques Françaises, démontrant entre autres nos compétences, notre auto-suffisance y compris en cas de problème majeur, les actions et procédés que nous allions en place pour garantir que nous ne laisserions aucune trace de notre passage.

La « Florès polar team ». De gauche à droite : Max, Fanny, Yann, Cynthia et moi

Quand on part pour 3 mois loin de toute civilisation, l’avitaillement et la préparation technique du bateau doivent être irréprochable !

Le plein de gasoil. Même si nous sommes un voilier, nous devions officiellement avoir en réserve de quoi rentrer au moteur depuis l’Antarctique, au cas où.

La préparation c’est aussi discuter avec les habitués du Grand Sud pour récolter un maximum d’informations. Peu de cartes sont disponibles, mais plein de croquis faits à la main qui sont partagés de bateau en bateau.

La traversée du Drake

La péninsule Antarctique est assez proche de la pointe sud de l’Amérique du Sud. La distance entre les deux n’est que de 500 milles et en voilier il faut 3 à 5 jours pour faire le trajet.

Mais la mer dans cette région du globe est sans doute la plus difficile du monde. On est au large du cap Horn, au croisement des océans Pacifique, Atlantique et Antarctique, et les vents des cinquantièmes rugissants sont compressés et accélérés entre les deux continents.

Souvent la traversée aller est plus facile que la traversée retour : le trajet est un peu plus dans le sens du vent.

Pas facile de faire revenir le drone sur le bateau dans ces conditions météo musclées. Heureusement, fort de mon expérience en robotique sous-marine je l’avais construit étanche !

Naviguer dans les glaces

Ce n’est pas facile d’estimer quels sont les réels dangers de la navigation dans les glaces. Parfois si la météo est clémente, tout paraît calme et immobile. Mais un iceberg peut se briser à tout moment, et déplacer des centaines de tonnes d’eau en se retournant. Mieux vaut ne pas être dans les remous, mais quelle est la distance de sécurité ?

Le pack est constitué de milliers de petits morceaux de glacier écroulés. C’est très amusant de naviguer dedans ! Mais si le vent se lève et le pousse contre un obstacle (des rochers, le continent), il peut se compacter très fort et bloquer le bateau…

Naviguer c’est aussi faire des escales, descendre à terre se balader, observer la faune locale et s’imprégner des paysages.

En péninsule Antarctique les régimes météo en saison estivale (décembre à mars) sont souvent anticyclonique, donc plutôt calmes. Cependant les vents catabatiques – couche d’air froid qui dévale un relief – sont fréquents, imprévisibles et extrêmement violents.

La seule ancre du navire ne suffit en général pas à garantir une bonne tenue, et il nous fallait parfois plusieurs heures pour installer plusieurs lignes à terre, sur des cailloux ou des piquets.

Bases scientifiques

De nombreuses bases scientifiques sont réparties sur tout le continent Antarctique. Mais un grand nombre d’entre elles sont situées en péninsule Antarctique puisque c’est la partie la plus accessible du continent.

Si l’intérêt pour la science est indiscutable, il est évident que la présence de bases sur place est aussi une stratégie d’occupation : si le traité de l’Antarctique n’est plus reconduit, les pays déjà sur place pourraient plus facilement prétendre à une occupation du territoire.

La base de Port Locroy. Ici plus vraiment d’activité scientifique, mais un maintien en état du patrimoine historique.
Port Locroy est une étape classique, on y retrouve tous les copains.
Barbecue d’anniversaire !
Comme tout le monde passe par Port Locroy, on se laisse des lettres accrochées au mur d’entrée du bâtiment principal.
La base ukrainienne de Vernadsky, beaucoup plus au sud
Soirée conviviale et en musique avec nos nouveaux amis ukrainiens

Tourisme

La péninsule Antarctique étant relativement accessible depuis Ushuaïa ou Puerto Williams (pointe sud de l’Amérique du Sud), l’activité touristique y est en plein essor.

Une partie du tourisme est réalisé par des voiliers, souvent des voiliers de propriétaires privés chartérisés dont une grande partie sont des français.

De plus en plus d’agences de voyages proposent des croisières de luxe en Antarctique à bord de grands navires.

L’ancienne station baleinière de Déception Island est un site historique remarquable